Je prête allégeance…

Chaque matin, avec mes élèves, je récite « the pledge of allegeance » en français. Toutes les classes le récitent debout la main sur le coeur en regardant le drapeau …et moi aussi bien sûr!

Voici la traduction :

Je prête  allégeance au drapeau des Etats Unis d’Amérique et à la République qu’il représente. Une nation unie sous l’autorité de Dieu, indivisible avec la liberté et la justice pour tous.

Quand je le récite , je pense à la chance que j’ai d’être ici avec une certaine émotion. Je pense aussi à l’histoire des USA mais aussi à l’Utah , terre de pionniers.

Il existe ici un patriotisme exacerbé. Les supermarchés ont tous leur drapeau. Au début des représentations sportives, on chante l’hymne national , main sur le coeur. Les 5èmes grades de mon école font, chaque année , une reconstitution de la guerre civile. Les 4ème grade, eux, proposent un programme de chansons patriotiques de l’Utah. Et j’entends ma fille chanter l’hymne de notre état :

« Utah

People working together….

This is the place… »

Publicités

Gestion de classe

De récents commentaires m’ont amenée à me demander comment je gérais ma classe ici et ce que j’observe chez mes collègues américains. Je pratiquais déjà certaines choses, d’autres pas mais ce qui est sur c’est que cette année, comme chaque année, j’ai essayé de nouvelles pratiques. Je ne me permets pas de généraliser en disant que ce que je vois vaut pour les USA et je ne juge pas non plus de ce qui est bon ou pas car parfois ce qui est bon pour un prof ou un public ne l’est pas pour un autre.

Alors, le coeur de tout ici c’est la dignité de l’enfant ( je ne dis pas qu’en France ça ne l’est pas attention!). A aucun moment, l’enfant ne doit perdre la face. Cela implique donc;
0 remarque négative à un enfant face à la classe du style Bob tu devrais écouter, Bob tiens toi bien dans le rang, Bob arrête de roter…
Comment fait-on alors?

  • On récompense.

Ici j’ai trois niveaux de récompenses car c’est de mise et cela ne me dérange pas. Une instit américaine m’a dit ‘ Travailles-tu pour rien toi ? Non tu travailles pour gagner ton salaire…et bien les enfants aussi veulent gagner quelque chose. « 

On m’a rabattu les oreilles pendant toute ma formation en France avec la motivation intrinsèque de l’enfant, la seule valable soi-disant. Et bien, je trouve que j’obtiens de bien meilleurs résultats avec la motivation extrinsèque pour justement ces élèves qui n’ont pas cette motivation intrinsèque à l’école. Mes élèves travaillent pour plusieurs raisons dans ma classe:

  1. parce qu’ils veulent acquérir des privileges supplémentaires : récré en plus, utiliser le tabouret ergonomique qui bouge, manger dans la classe à midi, des objets/babioles en tous genres, choisir son partenaire de classe …
  2. parce qu’ils veulent obtenir une super récompense sur plusieurs mois/semaines : un extrait de dessin animé avec la maitresse qui sert du popcorn chaud, une pizza party, une donut party… Je n’étais pas très à l aise avec le côté nourriture mais en fait c’est plutôt le moment de partage que je vois.
  3. parce qu’ils veulent me faire plaisir. Une des règles que beaucoup de prof ont dans leur classe dans mon école est Keep your teacher happy sois que ta maitresse reste contente. Et j’avoue qu’ils adorent me faire plaisir mais pour qu’ils en aient envie , je dois faire attention de ne jamais perdre leur respect et cela demande beaucoup de self control pour ne pas faire de commentaires quand certaines choses nous exaspèrent ( un rot en public par exemple, chose beaucoup moins impolie ici qu’en France). On ne crie jamais! même pas pour appeler un enfant au fond de la cour cela pourrait être très mal pris. On essaie de ne pas froncer les sourcils.
  • On félicite ENORMEMENT avec le visage qui va avec c’est à dire rayonnant . Reprenons l’exemple de Bob qui n’écoute rien ou fait le zigoto dans le rang.
  1. Je félicite son voisin pour son écoute, ou son attitude dans le rang  » Merci Joseph de marcher calmement dans le couloir ».. Directement, l’élève qui ne respecte pas les règles se redresse, veut lui aussi avoir des remarques positives donc fait des efforts.
  2. Je propose des points de classe (des boules dans ma classe} à gagner en plus si la classe complète fait ceci ou cela ( le comportement que je veux obtenir de Bob) et là bizarrement Bob qui ne souhaite pas que toute la classe lui tombe dessus pour avoir faire échouer toute la classe se met à écouter.
  3. Je vais lui chuchoter à l’oreille à son bureau ou au mien quand vraiment j’ai usé tous les autres stratagèmes. « J’ai vraiment envie que tu réussisses Bob. Je pense que si tu écoutais plus ou faisais plus ceci ou cela tu réussirais mieux. Peux -tu faire un effort stp? J’adorerai ca.’

Si vraiment rien ne marche, alors je garde l’enfant 5 minutes à la récré et nous revoyons la ou les 5 règles de la classe car oui il n ‘y a que 5 règles mais c est drôlement efficace car elles englobent tout et à la fois elles sont faciles à retenir car 5. Nous cherchons ce qu’il pourrait faire différemment la prochaine fois.

On corrige les erreurs avec beaucoup de pincettes pour que jamais l’enfant ne perde sa confiance en lui.

  • Très souvent, je diffère la correction. Je note les erreurs sans rien dire à l’enfant et je les ressors des jours après pour les travailler pour tous.
  • J’utilise le sandwich félicitations- mise en evidence et correction de l’erreur- félicitations. Exemple: « Waou la classe, Bob a fait quelque chose de super . Bob, j’ adore que tu employes le présent pour parler de ta journée. Comment pourrais tu dire autrement ceci ou cela ? Il corrige ou on corrige avec la classe et là waou bravo Bob tu as persévéré (si plusieurs tentatives), ou bravo Bob , j’adore ton idée pour te corriger.

Voilà, un petit morceau de ma petite vie de prof…

3,2,1 partagez !

Bon ,  le plus clair de mon temps, je le passe à l’école. Du lundi au vendredi, du matin au soir, je suis entre mes 4 murs. J’adore enseigner ici. J’aimais déjà enseigner en France mais là je trouve une certaine liberté et un enthousiasme réjouissant.

En tant qu’école d’immersion, nous respectons les programmes de notre Etat  mais cela ne m’empêche pas d’essayer d’apporter ma touche personnelle et d’essayer de m’adapter aux pratiques locales. Ici, le côté fun est plutôt bien vu même si nous ne faisons pas que cela bien sûr. J’ai eu droit à une formation pour les profs .

La modalité que j’ai développée depuis ces quelques mois est le travail par deux et plus particulièrement ce que j’appellerais le partner share. Il s’agit bien sur de réfléchir et d’accomplir une tâche à deux. Vous me direz , rien de révolutionnaire, mais c’est plus que cela. Mon temps d’instruction doit être reparti de la sorte  50/50.  50 % je parle, 50 % les élèves parlent. Très régulièrement , je leur demande donc de verbaliser leurs pensées, les concepts, les procedures. 3,2,1 partagez…. Et là, je me promène pour écouter ce qui se dit, féliciter chaudement les efforts des uns et des autres pour verbaliser en Français et utiliser telles ou telles structures langagières utilisées.

Une autre modalité utilisée ici est le travail en collectif mais pas comme nous l’entendons en France. Nous résolvons les situations problèmes ensemble et les élèves répondent tous ensemble en chorale. Nous entrecoupons de partner share, de recherches à deux. C’est très étrange pour nous profs Français. Nous lisons aussi tous ensemble pour ne pas que les élèves se sentent en échec.

Enfin, pour finir, j’utilise beaucoup plus les gestes pour mémoriser des concepts. Par exemple, pour le concept de la commutativité de l’addition, j’ai demande aux élèves de me faire un geste. Ils adorent, ils proposent tous quelque chose au même moment. Bruit assuré. Je choisis le plus adapté ou le plus vu et pendant les heures, les jours qui suivent nous répétons: c’est la propriété de la commutativité en faisant le geste choisi.

J’aurais tellement à dire sur le sujet…à suivre….

 

 

 

 

Award

Et oui notre Queen B, 9 ans,  a été élue élève du mois de sa classe pour avoir fait preuve de beaucoup de  perséverance. C’est vrai que depuis qu’elle est arrivée, elle execute au mieux ce qu’on lui demande alors qu’elle ne comprenait strictement rien au départ. Elle s’est rarement découragée, trouvant toujours un intérêt à ce qui lui était proposé , se réjouissant de sa bonne entente avec les élèves de sa classe alors qu’elle ne parlait pas un mot d’anglais.

Et ce jour-là, elle est revenue en nous montrant sa médaille, nous racontant sa conversation avec la principale car elle a été convoquée, par haut parleur,  dans son bureau. Son portrait a été affiché dans le hall de l’école de 700 élèves. Nous étions tellement fiers avec son papa.

Quant à moi, je vais devoir nominer un de mes élèves dans deux semaines et je me réjouis d’avance du bonheur que cela va lui procurer. Au delà de tout cela, je me réjouis de récompenser son travail acharné et sans aucun doute , ceux qui ne sont pas nominés vont faire la maximum pour être nominés la fois suivante.

Ma rentrée

s

Et oui je trouve enfin quelques minutes pour écrire un post sur ma rentrée scolaire.

La mienne, tout d’abord. J’ ai pris mes doudous, mes objets offerts par mes élèves ou mes enfants (mon porte-cartes chouettes, mon marque-page Mme sourire, mon porte-clés drapeau américain, mes bracelets …) et me voilà presque prête à affronter ma première journée.

Grosse émotion en entrant dans l’école. Des années que j’en rêve. J’adore ma classe, elle est super pratique avec un évier, un mur de placards, un i pad, des ordinateurs, des coins pour faire des ateliers jeux…trop bien!

Voici les différences que j’ai relevées dans ces premiers jours:

  1. Je me suis vite rendue compte que la pédagogie ici n’ était pas la même. Ici, de ce que j’ai vu et sans me permettre de généraliser,  c’est plutôt une pédagogie de l’explicite. L’enseignant montre puis les élèves font avec et ensuite les élèves font un peu seuls alors qu’en France, je me voyais plus comme une médiatrice qui mettait à disposition des élèves ce qu’ il fallait pour qu’ils construisent eux-mêmes leur savoir. Un choc pour moi… Après je suis dans un programme d’immersion et cela explique donc peut être la place prépondérante de l’enseignant (qui est le seul à parler couramment français dans la classe)  mais comment déconstruire 13 ans de carrière  le plus rapidement possible pour le bien-être de mes élèves habitués à autre chose… Pas facile…
  2. Les élèves sont capables de rester très longtemps en position bras croisés, ils écoutent la maitresse avant de s exercer eux-memes.
  3. Les récompenses sont de mise. J’ai moi-même dû mettre en place un système de rewards car ici c’est le renforcement positif qui prédomine. On met en évidence, à grands coups de félicitations, les bons comportements pour que tout le monde ait envie d’avoir une bonne attitude. Pour un certain nombre de tampons, faux billets, boules, ils reçoivent des bonbons, des petits jouets… Comme tout le reste, je m’y investis à 100% comme si j’étais en experimentation.
  4. Il y a dans mon école un grand soin apporté au bien-être des enfants. Par exemple, mis en place cette semaine un buddy bench. Je trouve cela super. Si un enfant est seul, sans amis, alors il se met sur ce banc et les autres enfants savent qu’ils ne doivent jamais laisser un enfant seul. Ils iront donc le chercher pour jouerBuddy-Bench-2-620x362
  5. J’ai 15-20 minutes pour manger à midi.
  6. Le vendredi, je porte le tee-shirt de mon école, style baseball tee-shirt,  et un jean car c’est un jour plus décontracté.

 

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑